LINOTTE n.f. 1. Petit passereau siffleur, au plumage brun sur le dos, rouge sur la poitrine. 2. LOC. TÊTE DE LINOTTE : personne écervelée, agissant étourdiment et à la légère.

07 janvier 2007

Pour en finir avec Noël

Avez-vous bien fêté pendant la période de Noël? (Pardon aux gens de racines non catholiques qui pourraient se sentir offensées à la vue de ce mot désormais défendu dans notre société multi-ethnique qui se dit ouverte d'esprit...)

Avez-vous défoncé l'année de façon éclatée, colorée, abusive? Vous êtes-vous noyé dans un punch fortement alcoolisé ou bourré la face dans ce qui se fait de plus gras et de plus sucré comme dessert? Avez-vous vu les caisses de bières vides s'empiler pour atteindre une hauteur vertigineuse dans quelque coin de la cuisine?

Quelle est l'heure la plus tardive à laquelle vous avez veillé pendant le temps des fêtes? Avez-vous tenu le coup au moins une fois jusqu'à quatre heures du matin, dansé à en perdre haleine ou chanté à tue-tête sans crainte du ridicule?

Peut-être avez-vous plutôt célébré «dignement», pour reprendre une jolie tournure entendue dans une pub à la radio... Célébré «avec modération», en comptant consciencieusement chaque bière bue, chaque calorie absorbée, loin du bruit et de la fumée, les fesses serrées et la patte croisée... Et l'oeil rivé sur la montre, impatient que ce calvaire soit enfin terminé...

Il me semble que, comme société, nous avons perdu le sens de la fête. Mais peut-être est-ce normal, après tout. Outre la gamme de menaces - environnementales, épidémiques, financières, terroristes - qui pèsent sur l'humanité et qui ne portent surtout pas aux réjouissances, nos dirigeants font aussi du beau boulot pour ce qui est de nous transformer, insidieusement, en petites bêtes bien élevées dénuées de tout vice, de toute folie, de toute vie... Toutes les nouvelles valeurs qu'on tente, avec un succès étonnant, de nous inculquer, sont contraires à l'esprit même de la fête : une fête sans bruit, sans alcool, sans drogue, sans malbouffe, ça ne lève pas.

Un temps des fêtes sans ces ingrédients, ça fait un Noël gris - qu'il y ait ou non de la neige au sol!

09 décembre 2006

Écriture spontanée

Disciplinaire

L’étudiant avait amené son crapaud à l’école. Le crapaud en question venait d’un étang situé derrière la maison de campagne de sa grand-mère Rita, sa grand-mère maternelle. Quand le professeur, un vieil astrologue déchu qui ne comptait plus sur rien à part sur son tableau noir, il avait hurlé à l’étudiant : « Garroche-moé ton crapaud dans toilette des femmes au plus verrat! Vite, vite, vite, justement la directrice est à la salle de bain en train de fumer des joints en cachette avec le prof de musique. Ça fa que le crapaud là, arrange-toé pour y pitcher din’ yeux! À verra pus rien aller à l’avenir! » Chose demandée, chose exécutée : l’étudiant a couru jusqu’à la toilette des femmes, a épié sous les portes pour voir qui pissait dans les environs, et a finalement senti l’odeur de pot que la directrice fumait dans un gros chilum en terre cuite. Il a défoncé la porte d’un violent coup de pied et a hurlé à son crapaud : « Sautes-y din’yeux sale con! » Le crapaud a pris un de ces élans et s’est retrouvé pris dans les cils de la directrice. Elle a arraché le crapaud de là, l’a avalé d’un coup et a roté à l’étudiant : « Comme mesure disciplinaire, je vais te flusher!!! »

Éprouvant

Cette semaine je suis allé aider mon oncle Serge à se raser. Il s’est cassé la main gauche et le poignet droite, ainsi que le coude gauche et le tibia central. Quand il m’a téléphoné je lui ai demandé comment il faisait pour tenir le combiné, et surtout, comment il avait fait pour se rappeler mon numéro malgré son piètre état osseux. Il a dit qu’il avait crié ciseaux et que tout s’était déroulé comme il se doit. « Chapeau à la vie! », ai-je lancé, d’un ton enjoué. Nous avons discuté, discuté, et encore discuté, il n’a pas cessé de me faire répéter tout ce que je disais. (Il a perdu un tympan au début de la conversation). Finalement, cette conversation était trop éprouvante alors je lui ai raccroché au nez.

Babiole

Mon demi-frère aime beaucoup se promener dans le grenier. Il se cherche des robes de vieilles folles qu’il porte comme un gant. Il les enfile comme si c’était une vraie vieille folle lui-même! Il porte aussi des chapeaux en cuir, ça ne fit pas du tout ensemble. Des chapeaux de cow-boy avec des robes de vieilles folles. Il les porte aussi quand il est nu. Il prend des photos érotiques sans son linge, le linge est en tas à ses pieds. Dans les studios de photo, il a un paquet de petites babioles qu’il utilise comme bijou ou encore comme vêtement. Par exemple, il porte un abat jour comme bobette et des ampoules électriques comme boucles d’oreille. Mais le pire c’est qu’il porte un cheval en bois comme collier.

Chaîne

Cette histoire se déroule dans un parc. Un parc en plein milieu d’un centre-ville. Dans ce parc, il y a un gros écureuil gris qui habite dans une niche à chat, haut perché dans un pommier. Il aime beaucoup sa petite maison dans laquelle il accueille tous ses amis : les fourmis, les jeunes pousses de rhubarbe, les ornithorynques, les chenilles de Russie. Les amis de notre bon écureuil feraient n’importe quoi pour passer un peu de temps chaque jour dans la jolie demeure de notre ami le rat volant. Les amis aiment beaucoup quand l’écureuil fait jouer de la musique classique sur sa chaîne stéréo hautement technologisée. Cela les réconforte d’entendre le son des clarinettes en harmonie avec le tambour de basque. Elle adorent le classique, vous le sentez?

Navigant

Je venais de débarquer de ma barque. Ma barque faite de bois dur, verni de vert, avec de belles rames faites à la main par mon ancêtre aborigène, le grand Matchou Pitchou. Il faisait de si belles rames qu’il avait été nommé ramoneur de l’année dans son village pittoresque. On l’adulait surtout quand il enfourchait sa rame et s’envolait au dessus de la rivière, spotter le poisson, surveiller l’ours et orienter le troupeau de brebis. Un soir, il est tombé de sa rame célèbre et est tombé dans le lac. Un pissoux était plongé de toutes ses forces et il avait sauvé la vie de mon ancêtre. Cependant, un navire de croisière navigant par là les a ramassés pas rien qu’un peu! Ils ont passé sous l’hélice et par chance, ont été propulsé sous le bumber du bateau.

Néritique

Mon ami Paul et moi avons toujours fait de la plongée sous-marine. Depuis notre plus tendre enfance je crois. Ma mère ne veut pas me confirmer que j’ai fait ma première plongée à trois mois, mais j’en suis convaincu : j’ai encore mon billet! Et j’en garde un souvenir mémorable. Nous étions à peine entré dans le golfe du Saint-Laurent que nous avons été aspirés dans une abysse. Cela se trouvait en plein milieu de l’océan Arctique Sud, vous imaginez! Il y avait le littoral juste à nos pieds. Nous avons plongé pour voir de quoi avait l’air le bord du littoral vu de sous l’eau, et nous avons constaté la présence de magnifiques sédiments néritiques. Ils étaient si jolis que nous en avons ramené une bonne chaudiérée à chacun de nos proches.

Quart

Le vieux Bossu n’avait pas encore bu le quart de sa pinte de Molson Dry. Il ne buvait vraiment pas vite le vieux Bossu. Il n’aimait pas réellement la bière, en fait. Il en buvait depuis l’âge vénérable de 34 ans, mais il n’aimait pas réellement la bière. C’était sa femme, la maudite folle, qui l’avait obligé, un soir, à boire une bière! Tablette en plus! Il avait eu du mal à s’en remettre! Il avait passé une bonne journée sur le tapis du salon, de tout son long étiré comme un vieux matou délavé dans une ruelle de bas quartier. Sa femme l’avait imité pour lui faire sentir qu’elle le comprenait, mais quelque chose s’était définitivement brisé entre eux. Il n’avait plus les mêmes sentiments pour sa gonzesse malodorante. Il ne la trouvait plus tellement raffinée, sa grosse boulette de viande! Il allait le lui dire dans quelques minutes d’ailleurs.

Stratus

Madame Veilleux, la gardienne du stationnement St-Jean, oui oui, la grosse botchée qui a deux seins flasques tombants de chaque côté de sa bédaine ronde, aime beaucoup regarder le Colisée du Livre, de l’autre côté de la rue. Elle apprécie chaque seconde à regarder l’affreuse bâtisse de tôle beige et noire. Et l’enseigne orange criarde et le jaune des murs intérieurs qui choquent jusque dehors sous l’éclairage des néons. Elle s’imagine, un jour, tenant dans ses mains son premier livre à elle, qu’elle lirait d’un bout à l’autre, en comprenant tous les mots, tous les jeux de mots, toute l’histoire, toute l’intrigue, toute l’intelligence du récit, toute la subtilité de l’auteur, toute sa verve, sa belle verve de poète africain… Mais elle n’allait pas pouvoir réaliser ce rêve tant qu’elle n’irait pas finir sa troisième année. Elle oubliait donc ce détail administratif en regardant filer les nuages. À cet instant précis, un beau stratus doré déchira le ciel! Il fondit en pluie et s’abattit sur la belle Madame Veilleux, dont on vit le gros mamelon brun foncé apparaître à travers son éternel t-shirt blanc défraîchi.

12 novembre 2006

Marguerite

Tant qu'à faire, voici des images récentes de Marguerite, qui va devoir s'habituer à la présence de Dolores! Elle demeure la doyenne du zoo, mais a un peu perdu de son territoire...


On souhaite la bienvenue à Dolores!

Je sais, je sais, je n'écris plus. Mais il faut me pardonner, je suis maintenant papa à temps plus que complet avec mon zoo qui vient de s'agrandir! Eh oui, à mes deux lapins, Marguerite et Arthur-Cochon, mes deux oiseaux, Gringo et Badabo, et à mes quelques 30 poissons, s'ajoute la petite Dolores, une belle petite croisée labrador-berger allemand, que je vous présente en photos ce matin!




Dolores est née le 28 août d'une mère labrador, et d'un père incertain (il y a indéniablement du berger, mais je soupçonne aussi des traces de colley). C'est donc un gros bébé de 2 mois et demi qui dort beaucoup, mais qui a aussi beaucoup d'énergie. En ce dimanche matin pluvieux, terne, moche de novembre, impossible de faire la grasse matinée. Avec ses petites dents pointues, Dolo qui partage bien sûr notre lit, nous a clairement fait comprendre qu'elle avait besoin d'attention après une longue nuit de sommeil. Petit tour dehors pour faire ses besoins (elle apprend assez vite! elle descend et monte déjà l'escalier qui mène dans la cour!), une poignée de bouffe, une lapée d'eau, et dans vingt minutes nous irons "nous promener".

27 août 2006

Dialogue sur le mode de déplacement du lapin

À l'heure du souper, Marguerite est devenue si agitée qu'il a fallu la sortir de sa cage. Aussitôt le grillage ouvert, elle a bondi à l'extérieur et s'est dirigée tout droit vers l'endroit où l'on cache son sac de nourriture. La demande était claire. Je lui ai versé quelques graines par terre. Après tout, c'était l'heure du souper pour elle aussi.

-C'est drôle pareil comment ça se séplace, un lapin, s'est amusé Érico.
-Ben oui, en sautant, a répondu Avocado.

Comme pour illustrer ce brillant propos, Marguerite a fait quelques bonds en direction de son sac de "surprises", petites bouchées croquantes aux fraises à base de yogourt (moins de 4% de fraises/aucune indication pour le gras trans, les calories et autres imbécilités du genre), qui ont l'air absolument délicieuses.

-Par contre, elle saute pas très haut, a relancé Érico.
-Ben là, c'est pas une sauterelle, non plus, a nargué Avocado.
-Hi! Hi! Hi!, a souri Gwido dans sa barbe, ni un crapaud!

24 août 2006

Dialogue sur les sirènes

Fin de soirée. Assis dans le salon, le regard plongé dans notre aquarium, on entend soudain retentir une sirène de police.
-Ça y est, la marde est pognée quelque part, lance Jeff.
-C'est vrai qu'on n'en entend pas souvent, des sirènes de polices à Québec, du moins, dans notre quartier. Petit centre-ville tranquille. On est presque surpris quand ça arrive!
-Oui, et j'aime bien ça comme ça!
-Par contre, c'est incroyable comme on entend souvent des sirènes de pompiers!
-Oui, mais faut dire qu'on habite derrière la caserne aussi!
-Ouan...

Ça, c'est bien moi :-)

12 août 2006

Linotte depuis plus d'un an

Je tête de linotte depuis maintenant plus d'un an. Mais on dirait que je suis en train de perdre la plume. Je n'arrive plus à écrire. Je n'en ai plus envie. Ça m'inquiète. J'hésite intensément à pousruivre mon certificat en création littéraire. Je me suis inscrit à un seul cours, il y a quelques jours, mais comme je n'ai pas encore payée ma dernière session d'hiver - tiens donc! - le cours ne peut être approuvé pour le moment...

Je n'arrive plus à écrire. Mais j'ai lu plus de livres cet été que pendant n'importe quelle année moyenne. Notamment, la majeure partie de l'oeuvre d'Éric-Emmanuel Schmitt (j'ai adoré Lorsque j'étais une oeuvre d'art, quelle fantaisie morbide!, et La Secte des égoïstes, qui m'a entraîné dans des délires philosophiques par un beau weekend au chalet). J'ai découvert avec grand plaisir l'univers troublant, les réalités cruelles d'Amélie Nothomb (Les Catilinaires, Attentat). De même que le Québécois Gil Courtemanche (Une belle mort, roman qui porte une réflexion inusitée sur la famille). J'ai dévoré avec fougue Comment devenir un ange, de Jean Barbe, un an après avoir englouti Comment devenir un monstre, du même auteur. J'ai replongé aujourd'hui dans un roman de Mario Cyr, un an après avoir détesté la brique Vieillir. Cette fois-ci, Hacker nous plonge dans l'univers de l'inceste et de la violence familiale. Si je déteste autant, au moins le livre aura le mérite de ne compter que 130 pages. Ensuite qu'ai-je lu? Ah oui! L'étrange et acharnée Madame Bâ, d'Éric Orsenna, de l'Académie française (excusez, pardon!). Cette attachante Malienne m'a fait découvrir les beautés de son pays et les relations pour le moins tumultueuses qui existent entrent l'Afrique et le Nord (ou plus exactement, entre les Africains et leurs traditions et l'Occident et sa Modernité). Et ces jours-ci, je lis le recueil de nouvelles Rien de cela, de ma copine Zanzie, qui après plus d'un an d'amitiés distancées m'a annoncé, il y a quelques semaines, qu'elle est une auteure publiée! Quelle imagination débordante, ma Zanzie! Te lire, c'est prendre une bouffée de fraîcheur! C'est se tordre l'esprit, car plus on avance dans le recueil, plus on se demande : "Bon, comment elle va finir ça, cette fois?!" Bien sûr, on rigole de surprise.

Je me rends bien compte, en ce frais début de nuit du mois d'août, qu'il suffit de s'y mettre pour être capable de rédiger un paragraphe. De prendre un peu de temps. L'insomnie m'attend, j'en suis pas mal certain, alors je viendrai peut-être fouiner par ici plus tard cette nuit...

30 juillet 2006

Ghettoïsation des gais...

Les premiers Outgames à Montréal, le défilé de la fierté ce soir, des festivités gaies pour une semaine... Ghettoïsation des gais? Arrêtez de me faire chier, vous qui ne savez même pas de quoi vous parlez! Est-ce qu'on parle de ghettoïsation des Québécois lorsqu'on fête la St-Jean, qu'on célèbre la fierté de notre langue et de notre culture, que l'on se réunit "pour un gros party" parce qu'on est "tous de la même gang"?

Arrêtez de me faire chier, bon!

01 juillet 2006

Les Grands-Jardins sous le signe de l'ours

Lors de nos excursions de camping précédentes, Jeff et moi avons toujours prouvé que nous étions des campeurs du dimanche. «Deux moumounes dans le bois, c'est ce que ça donne», diront certains. Eh bien, cette année, pas question de rater nos petites escapades! Nous avons donc mis en oeuvre le programme «Équipement Camping 2006» et, au début du mois de juin, sommes allés faire une razzia chez Canadienne Tailleur! Achat d'une gamelle, d'une magnifique glacière extra volume, d'un réchaud au propane et son ensemble pratique de trois bombonnes, d'un matelas gonflable et sa pompe à pied (j'ai été éberlué devant les lits Coleman! véritables lits de camping gonflables avec base de métal, literie coquette, oreillers douillets! - on n'est pas princesses à ce point là!), de chaises pliantes avec porte-gobelet (porte-bière!), et de lampions (on ne sait jamais!). Nous possédions déjà la tente Trekk, quatre places, achetée d'urgence et à gros prix lors d'un petit voyage en Gaspésie avec Christine, où nous avions eu l'optimisme de croire que nous entrerions, et serions tous confortables, dans une petite tente en dôme trois places vendue 39,99$ chez Canadienne Tailleur.

À la demande d'un Jeff inquiet, le matin de notre départ, nous allons compléter notre équipement avec du matériel repousse-ours: sifflet, clochette et même un espèce de lance-fusées accompagné de deux cartouches. «Ça fait le bruit d'un coup de douze. L'ours décampe généralement», nous explique le commis de chez Latulipe, rue St-Vallier. «Es-tu un peu rassuré maintenant?», que je demande à Jeff. «Ah oui!» Super!

Nous prenons donc la merveilleuse route de Charlevoix, notre région de prédilection depuis des années, sous le soleil radieux de ce matin du 16 juin. Comme toujours, ce fut un plaisir pour les yeux de passer par Baie Saint-Paul, petite municipalité logée au creux d'une vallée s'ouvrant sur le Saint-Laurent, et ce fut tout aussi agréable de découvrir Saint-Urbain, environ 30 kilomètres au nord.
















Nous commençons alors à nous enfoncer dans l'arrière-pays de Charlevoix. Tout à fait charmante, la petite route sinueuse se faufile entre des montagnes qui s'élèvent de plus en plus autour de nous. Mais notre petite Cobalt commence à manquer de puissance dans les côtes. «Maudit char automatique pas puissant!», de lancer Jeff. Quant à moi, je m'énerve un peu plus lorsqu'une odeur désagréable de freins chauffés envahit l'habitacle, alors que nous suivons deux gros camions dans une pente descendante.
-C'est tu nous autres qui sent ça?
-Ça doit être les camions en avant...

Par chance, nous nous trouvons maintenant à l'entrée du parc, au pied des monts du lac Moïse et du lac des Cygnes, deux caps rocheux massifs qui s'élèvent abruptement. Bientôt, une affiche indique «Secteur du Pied-des-Monts». C'est là que nous devons camper, mais où doit-on aller pour s'enregistrer? «C'est ben mal indiqué dans ce parc-là!» J'ai sans doute mal lu les modalités lorsque j'ai fait la réservation sur Internet sans trop regarder... Après quelques viraillages - la Cobalt manque de plus en plus de souffle! - nous trouvons enfin le chalet d'inscription, au kilomètre 31. Autre surprise, en plus du prix du camping, il en coûte 14 $ pour accéder au parc. Autre preuve que j'ai fait ma réservation à la hâte...
-Gardez vos laisser-passer sur vous en tout temps, et un dans la vitre de votre voiture.
-D'accord!
-Aurez-vous besoin de bois?
-Ah oui!, répond le pyromane en moi.

Je termine l'inscription, paye les frais et vais chercher ma poche de bois - six bûches - dans la remise située derrière le bureau d'accueil. Dans ce secteur du parc, la forêt a brûlé en 1992 et le paysage est presque lunaire! Il n'y a que des troncs morts blanchis qui sortent de terre et une jeune végétation vert tendre qui est en train de prendre ses droits. Nous retournons vers le secteur du Pied-des-Monts. Le petit arrêt a fait du bien à la voiture, qui ne recommencera à sentir les freins chauffés qu'une fois arrivés au site de camping. «Ouain, ben dès qu'on revient en ville, le char rentre au garage!», lance Jeff. Nous prenons place sur le terrain 39, très bien choisi, complètement caché des voisins par la végétation. Derrière, c'est la vaste forêt qui s'étend, avec son potentiel d'ours... Essayons de ne pas y penser, nous venons d'arriver! En tout cas, malgré la chaleur écrasante, nous laissons la glacière à dans l'auto! Mettons toutes les chances de notre bord... Et ouvrons-nous sans plus attendre une bonne bière tablette...

Tout en montant la tente, nous allumons un feu pour chasser les moustiques déjà envahissants.
-Est-ce qu'on va déjà faire un sentier aujourd'hui?
-Heu, on pourrait prendre ça relax cet après-midi et y aller demain?.
Ça, c'est bien nous!

La décision arrêtée, nous sortons nos nouvelles chaises pliantes du coffre de la voiture, tout fiers d'être si bien équipés pour une fois. Jeff s'asseoit dans la sienne : «Me semble que j'suis serré!» Et moi d'ajouter: «Ouain, et assis pas mal bas!» Nous examinons l'étiquette. Junior chair. Ah merde!!! Et c'est ainsi que nous sommes confinés à la table de pic-nic pour toute la fin de semaine.

Nous roulons un premier petit joint. En espérant qu'il n'avivera pas notre paranoïa de l'ours et des autres terreurs de la forêt! La veille, assis sur notre balcon, nous nous sommes racontés tellement de peurs que nous avons failli annuler notre excursion! Mais restons zen, aucun fauve ne surgit du bois, pas de yeux suspects qui nous épient à travers les branches. Apprivoisons tranquillement ces contrées sauvages, nous, petits urbains venus jouer les campeurs aguerris!

Pour me tenir l'esprit occupé, j'entretiens le feu. Comme il est évident que nous n'aurons jamais assez des six bûches contenues dans la poche payée 6,50$ à la Sépaq, je me lance à la recherches de brindilles et de souches mortes. Si la maîtrise du feu a permis aux hommes primitifs de survivre, elle permet aux petits citadins à la peau aseptisée de survivre (en partie) aux virulents insectes. Ce sera donc là mon principal centre d'intérêt de tout le week-end. Malgré mes efforts, notre épiderme des villes se couvre rapidement de rougeurs et de boursouflures. Ça sile dans nos oreilles comme si nous assistions au Grand-Prix de Formule 1. Dans un grand élan d'agacement, Jeff déclare: «Pulvérisons le Québec! Pour un épandage massif d'insecticides!» Et moi d'approuver, sans hésiter!

La noirceur à peine tombée, je constate que nous avons brûlé tout notre bois. Pas question de retourner au chalet pour en acheter d'autre! Je me dis que nous sommes en pleine montagne et que la forêt regorge de bois mort qui ne demande qu'à être brûlé. Je me décide donc à ramasser ces énormes billots, sans doute coupés par le personnel de Parcs Québec, qui reposent dans le sous-bois entourant notre campement. J'en ramasse trois, quatre. À la grosseur qu'elles ont, ça va brûler pendant de longues heures et ça nous fera de la belle braise bien rouge, idéale pour faire des toasts demain matin! Mais le bois semble humide et brûle très mal... Je passe donc le reste de la soirée à m'acharner sur le feu, à le nourrir de brindilles, à souffler dessus à m'en époumonner.
-Vas-tu finir par t'asseoir?, me demande Jeff, étourdi par mon va-et-vient incessant (lève, assis, lève, rassis, lève, rassis).
-Si tu veux manger des bonnes toasts demain matin, faut que je continue d'entretenir le feu!

Il sait très bien qu'il n'arrivera jamais à me faire abandonner mon feu, ce qui ne l'empêche toutefois pas de répéter, toutes les quinze minutes : «Vas-tu t'asseoir!!!»

À l'ombre du mont du lac Moïse, c'est maintenant le noir total. Noir comme en dessous de la queue d'un our, dirait ma grand-mère. Le feu n'a toujours pas pris pour la peine. Et nous avons oublié les lampions. Mis à part notre misérable feu, les lucioles sont notre seule source de lumière. J'en suis une des yeux. Il en apparaît une deuxième, puis une troisième. Bientôt, les lucioles se comptent par centaines. Une véritable pluie de poudre d'or tombe du ciel ténébreux! Spectacle merveilleux! Nous ne pensons plus du tout aux ours, les moustiques sont allés se coucher, c'est un pur instant de bonheur.

Une dernière bière, un dernier joint, nous allons nous mettre au lit. Malgré le confort du matelas gonflable, de la couverture de polar qui coupe l'humidité et des trois douillettes que nous avons amenées, j'arriverai à peine à dormir cette nuit-là. Vous le savez, je suis un piètre dormeur, alors imaginez en camping! J'étouffe littéralement dans une tente. Je suis peut-être un peu claustrophobe. Quant à Jeff, fidèle à lui même, il s'endort comme une bûche en deux minutes. De mon côté, je tourne, je tourne, je somnole en attendant le retour du jour. Une faible pluie commence à crépiter sur le toit de notre tente. Dès qu'il fait assez clair, et que la pluie a cessé, je me lève. Le combat entre moi et le feu reprend de plus belle maintenant que le bois est tout humide. Tout en me préparant du café à l'aide du réchaud au propane (quelle acquisition fantastique!), je jette un coup d'oeil incertain à l'énorme souche que j'ai mise hier et qui continue de se consumer lentement en boucanant, ce qui a l'avantage d'éloigner les moustiques qui sont revenus en force. Je replonge dans le boisé à la recherche de branchailles. Cric! Crac! En tant que seul campeur réveillé, je brise la quiétude de tout le camping en cassant mes branches, mais je me dis : «Qu'ils se réveillent!» Bientôt, j'aperçois de la fumée qui s'élève au dessus des campements avoisinants. Je vais réveiller Jeff vers huit heures.

J'ai alors réussi à créer assez de braise pour offrir à mon homme la toast promise! Repas, café, douche sommaire pour Jeff, lavage sommaire à la débarbouillette pour moi, et nous partons faire le sentier du mont du lac des Cygnes. Nous prenons la voiture pour nous rendre au point de départ, situé à 3 km de notre campement. Déjà, de nombreux randonneurs se préparent à partir à l'aventure, tous mieux équipés les uns que les autres, mais surtout, mieux équipés que nous: bâtons de marche, sac à dos multi-compartiments s'attachant à la taille, à la poitrine et aux épaules, gourdes ergonomiques, appareil-photo numérique... Nous, nous arrivons, l'air complètement ch'nu: nous avons même oublié le sac à dos et les gourdes au campement. Par chance, il y a dans le coffre un petit sac à dos/imperméable bleu poudre à l'effigie de Brother. «Maudit qu'on l'a pas!» lance Jeff. Qu'importe, nous traversons le petit groupe de randonneurs full equipped et empruntons d'un pas sûr le sentier de 5,9 km qui nous attend.

En haut de la première côte, le son d'une petite cascade m'attire dans le sous-bois. J'observe le joli ruisseau qui se fraie un chemin entre les rochers, dans un lit bordé de fougères, tandis que Jeff m'attend dans le sentier. J'entends soudain: «Je vous prierais de rester dans les chemins!» C'est un agent de la Sépaq. J'obéis. Le garde nous demande alors nos laisser-passer. Bien sûr, nous les avons oubliés eux aussi.
-Êtes vous campés dans le parc?
-Oui, au Pied-des-Monts.
-Quel numéro de terrain?, insiste-t-il, incrédule, s'attendant sûrement à ce que l'on sorte un numéro impossible, ce qui lui permettrait d'user de son autorité et de nous chasser du parc.
-39.
L'air satisfait, il nous avise, la prochaine fois, de toujours avoir nos laisser-passer sur nous. «Promis...» Et il passe son chemin. «En passant, Simon, c'était écrit clairement à l'entrée qu'on ne doit pas sortir des sentiers», me signale Jeff. «Ouain... J'avais pas vu!»

La randonnée se poursuit. Plus l'on s'enfonce dans la montagne, plus la pensée de l'ours revient nous hanter. Coups de sifflet. Bruissement de clés. Nous avons laissé au campement les clochettes et le lance-fusée, qui nous a semblé trop compliqué à utiliser. Lorsque nous arrivons à un premier belvédère, qui donne sur le mont du lac Moïse, de l'autre côté de la route, nous nous rendons compte que nous sommes bien seuls et bien petits au milieu de toutes ces montagnes. Jeff m'avoue qu'il ne se sent vraiment pas gros dans ses culottes et me parle même de rebrousser chemin. «Ben non, faut continuer, faut vaincre notre peur, qui sait ce qu'on va rater si on ne se rend pas jusqu'au bout! C'est sûrement écoeurant arrivé en haut!» Pas très convaincu, il acquiesce. Un peu plus loin, nous entendons des voix, ce qui nous rassure. Pour le reste de la randonnée, nous nous organisons toujours pour qu'il y ait des gens devant et derrière nous. Ainsi, nous nous rendons au sommet de plus en plus confiants dans cette nature hostile!

Au cours de l'ascension, nous faisons escale à la halte du lac Georges, admirons des paysages à couper le souffle, des kilomètres et des kilomètres de montagne, la tête dans les nuages. La végétation se modifie aussi à vue d'oeil à mesure que nous montons. La forêt dense, feuillue, fait peu à peu place à la forêt de conifères, beaucoup plus sombre, d'où nous nous attendons à voir surgir l'ours! Plus nous approchons du sommet, plus les arbres deviennent chétifs, plus le roc s'impose. Du lichen et d'autres variétés de mousse boréale commencent à recouvrir le sol. Des pancartes nous avisent gentiment de demeurer, plus que jamais, dans les sentiers pour protéger cette flore fragile qui peut mettre des dizaines d'années à se développer. Elle est conçue pour résister à des extrêmes climatiques, mais ne saurait résister à la semelle de l'homme. Nous suivons donc le trottoir de bois sur lequel on nous exhorte de rester.

Nous arrivons maintenant au sommet, à 980 mètres d'altitude, et autour de nous, s'étend la taïga boréale. C'est comme être dans le Grand-Nord québécois, mais à 32 degrés sans compter l'humidex! Malgré la chaleur, c'est le grand frisson : l'horizon est à couper le souffle! Les monts verdoyants se succèdent à l'infini, parsemés de lacs et de rivières, sillonés par un mince trait d'asphalte, la route 381 que nous avons empruntée pour nous rendre dans cette contrée reculée. Lorsque nous portons le regard vers l'est, nous apercevons une vaste portion de fôrêt complètement rasée. Désolation. Nous nous mettons alors à philosopher sur la surconsommation et la mauvaise gestion de notre environnement. C'est dans la bonne humeur et avec de grandes idées salvatrices en tête que nous redescendons à notre campement. La crainte de l'ours s'est dissipée. Nous nous disons qu'il faut absolument revenir à l'automne pour admirer les couleurs.

19 juin 2006

Régions sauvages

Comme vous avez pu le remarquer, j'ai quelque peu délaissé l'écriture ces dernières semaines. Et si la tendance se maintient, je n'aurai pas beaucoup plus envie d'écrire cet été! J'essaierai tout au moins d'afficher mes récits de camping, car Jeff et moi prévoyons en faire plusieurs au cours de la belle saison. Déjà, ce week-end, nous avons découvert un parc splendide : les Grands-Jardins de Charlevoix.

Installé à l'ombre, sur ma terrasse arrière, j'en suis à la treizième page manuscrite du récit de cette fin de semaine dans la nature. Outre les moustiques, le temps parfois incertain et la crainte de l'ours, nous avons admiré des paysages qui resteront longtemps gravés dans notre mémoire. Je transcrirai ce texte sur mon blogue un peu plus tard cette semaine, juste avant de partir à nouveau, cette fois pour la réserve faunique de Mastigouche, au nord de Joliette. La semaine d'après, c'est à dire du 1er au 7 juillet, nous partons pour la Nouvelle-Écosse. Ainsi, au moins trois récits pittoresques vous attendent d'ici le prochain mois.

Pour l'instant, l'eau me coule dans le front, je colle à ma chaise, je suis tout amorphe, je me sens comme une grosse limace gluante... Je vais aller prendre une douche froide et poursuivre mon récit à l'extérieur...

31 mai 2006

Le Québec respire mieux...

C'est le grand jour! Depuis minuit, la répression officielle des fumeurs est commencée et le Québec devrait maintenant mieux respirer! Or, ce matin, en sortant de chez moi pour aller m'entraîner, je fus pris à la gorge par une odeur écoeurante de Basse-Ville (surnom affectueux que je donne à l'odeur de vieux jambon qui se dégage de l'usine de pâtes et papiers). Ensuite, en montant l'avenue Turnbull pour atteindre le gym où j'essaie de me tenir en forme, mes narines ont aspiré un délicieux cocktail de gaz d'échappements. Bon, il faut dire que cette avenue est en pente abrupte et que nos minounes doivent fournir un grand effort pour la monter... Par ailleurs, pour rendre visite à mon père rentré à l'hôpital à cause de son coeur, je fais la navette entre mon chez-moi et le très irrespirable quartier Limoilou depuis une semaine. Chaque fois, sur la Première avenue, les mêmes relents de l'incinérateur et des usines situés à proximité...

Mais le Québec respire mieux!

Si j'étais fumeur, je prendrais une bonne pof à votre santé, mesdames et messieurs les lobbyistes antitabac, les fonctionnaires, les intolérants, les taches à marde...

12 mai 2006

Une journée supplémentaire dans la vie de Jawo et Grand-Moman

Depuis la disparition tragique de son oiseau sans-dessein, Jawo ne sait plus quoi faire pour se changer les idées. Il a tout essayé: tricot, macramé, danse sociale... Rien ne remplit le vide créé par la perte de son petit être cher.
-Peut-être qu'un petit changement de look me ferait du bien! Moman, j'pense que j'vas changer de coupe de cheveux.
-J'comprends donc!
-M'a peut-être changer ma couleur aussi. Penses-tu que ça me ferait bien Blonde Innocente?
-Sûrement! Blond Guedaille ça serait très beau aussi. Mais je pense que le meilleur, ce serait Blond Pob.
-Bon ben let's go su'à coiffeuse!
-Ralentit, chauffard!
-Crisse, moman, on' même pas dans l'char encore!

Ils embarquent dans le char.
-Attache-moé donc! J'ai pas envie d'aller me faire tuer!
-Tu vas voir, chus un très bon chauffeur.
-Tourne à droite!
-Moman, maudit, chus pas sorti de l'entrée encore!
-Attention aux piétons!
-Sacrament, y a pas de piétons dans l'entrée!
-Essaye pas, y en a partout des piétons... Fais ton stop! Coudonc, toé, où c'est que t'as appris à conduire?
-Dans un char, bout d'verrat!
-Me semblait ben aussi! Voir si c't'une place pour apprendre à conduire!

Ils sont arrêtés à une lumière rouge. Grand-Moman se tortille d'impatience. Elle n'arrive plus à contenir son exaspération.
-Voyons, c'est ben long! On est-tu venu au monde icitte, coudonc?
-Bon, on est arrivé, là.

En voyant arriver la voiture de Jawo, la coiffeuse sort du salon en criant, surexcitée.
-Allô, c'est tu Jano ça?
-Non, c'est Jawo.
-Qui est Jawo? demande-t-elle, perplexe.
-C'est Jano!
-Donc, bonjour Jawo, déduit-elle avec fierté.
-Impertinente, grogne Grand-Moman. Tais-toé pis teins-y les cheveux! C'est ça ta job!
-Pardon madame...

Une bonne odeur de spraynet règne dans le salon. Quelque botte-femmes sont assises sou les gros séchoirs, leurs rouleaux dans les cheveux, le brushing en boule, et autour d'elles s'affairent quelques coiffeuses, toutes plus paddées et crêpées les unes que les autres. Comme si l'art de la coiffure s'était arrêté et mis à stagner dans les années 80...

-Bon, quels degrés de blond vous avez, demande Jawo, maugréant.
-Ici, j'ai Blond Guedaille, c'est très intense comme blond. Ici, j'ai Blond Topless, pour une allure qui a l'air éclatante, et là, j'ai Blond Années 80. Ça c'est très beau gauffré.
-T'as l'air gauffrée, toé, lui gueule Grand-Moman.
-Ben c'est ça que ça faut! Bon, j'continue. Ici, j'ai Blond Foin-des-prés. Celui-là y'est l'fun pour aller cruiser des vaches. En cruisez-vous des vaches, vous, desfois?
-Que c'est que vous pensez que je fais, là? grince Jawo.
-Merci! J'continue, y m'en reste deux. Ici, j'ai Blond Nancy, idéal pour les gros pobs. Pis finalement, j'ai Blond Farine-de-blé, j'ai jamais su pourquoi qui s'appelait de même.
-Moman, qu'est-ce que tu penses du Blond Nancy?
-D'après moué, t'as pas le pob assez gros. J'te verrais plus en Blond Guedaille finalement.
-Sais-tu, j'pense que j'vas me laisser pousser un pad à' place.
-Très bonne décision, Jawo, un beau pad tout frisé!

Et ils sacrent leur camp aussi raide. Vers la fin de l'après-midi, Grand-Moman n'en peut plus.
-Jawo, envoye su Jean Coutu!
-Pourquoi?
-J'm'en vas te teindre en blondée!
-Encore?
-J'ai pas le choix! J'ai besoin de changement.
-Teins-toé donc en blondée toi-même!
-Jamais!
-Bon, fa que là, faut que j'aille chercher le char?
-Laisse faire le char, on prend l'autobus, tranche Grand-Moman.

Jawo n'en revient pas. Il est aussi effrayé que surpris, car il n'a jamais pris l'autobus. Ils se rendent donc à leur arrêt, la Station des Orchidées, au pied de la Côte du Zoo, qui prend à cet endroit le nom de Boulevard du Jardin. Le grand boulevard du Jardin... La honte d'Orsainville, bordé de commerces minables, d'une multitude de garages de chars usagés, de plusieurs HLM et de quelques maisons "ancestrales" datant des années 40 et laissées en décrépitude. Jawo et Grand-Moman attendent donc la grand 801, qui d'ailleurs tarde à arriver.
-Voyons, à l'attend-tu que j'aille la chercher, fulmine Grand-Moman.
-D'après moi, à doit être tombée en panne.
-Tu vas voir, m'a t'la booster moé!

L'autobus arrive très lentement.
-Y'était temps, mon innocent!
-Pardon madame, faut payer, dit le chauffeur.
-Fuck, c'est mon fils qui paye!
-Dix cennes, c'est-tu assez, chauffard? demande Jawo.
-Oui, vraiment.
-Ben envoye, avance salope! hurle Grand-Moman.
-Les nerfs, y a encore du monde qui embarque!
-Sacre-les à porte!
-Ta boîte, sénile folle!

Très héroïque, Jawo menace de battre le chauffeur s'il ose insulter de nouveau sa mère.
-'Garde, sonne donc au lieu de te battre, mon chihuahua!

Jawo arrache la corde pour sonner et fouette le chauffeur avec avant de descendre.
-Crisse, y'est ben impoli, lui! s'émeut Grand-Moman. Qu'on le r'pogne pas en revenant, je l'tire!

Ils traversent le grand Boulevard Henri-Bourrassa et se dirigent vers la pharmacie, où une caissière toute fofolle doit sûrement les attendre. Jawo exerce sa galanterie légendaire et ouvre la porte à sa mère.
-Tiens, entre donc, moman.
-J'espère ben que j'vas rentrer! Chus toujours ben pas pour sortir, calvaire!
-Calme-toi, moman, tu vas te faire arrêter.
-Bon, sont où les sacrament d'esthéticiennes connes!
-Par là, indique Jawo, qui vient d'apercevoir une grand rousse poudrée, bronzée, à la limite du calciné, en train d'essayer quarante-deux sortes de rouge à lèvre.

Grand-Moman l'apostrophe:
-Écoute, sans-génie, j'veux teindre mon fils en blondée, conseille-nous donc au plus crisse, c'est tout ce que tu sais faire.
-Avec joie! Voici le rayon des teintures Miss Carole. Voici un très beau blond à peine artificiel qui s'appelle Blond Banane. C'est-tu correct mesdames et messieurs?
-Ben oui, tempête Grand-Moman en lui arrachant le tube des mains. Donne-moé ça pis décolle!

Jawo décroche la petite mèche de faux cheveux Blond Banada sur la tablette, se la colle dans le front et s'admire dans un miroir grossissant.
-Wow! Hi que j'vas avoir fière allure avec ça! M'a toujours ben lire les instructions: 1. Mettez-vous trois paires de gants. 2. Versez le liquide dans la touffe appropriée. 3. Si le liquide vous coule dans les yeux, lavez-vous à grand jet d'eau et criez au secours.
-C'est ben innocent! Très mauvaise compagnie, fuck!
-Attends, j'ai pas fini. 4. Regardez-vous dans le miroir, voir si c'est la bonne couleur. 5. Rincez dans deux jours. 6. Maintenant, vous êtes beau.
-Bon, ben achète pis evoye à' maison!

Ils se pointent à la caisse, où les attend effectivement une caissière très fofolle à la voix suraiguë et au regard insipide. Elle les accueille d'un timide "Bonjour!"
-Bonjour, dit Jawo, se gonflant le torse pour faire figure de mâle viril.
-C'est-tu tout? demande la caissière.
-C'est-tu tout, quoi?
-Ben, c'que tu viens d'me crisser su'l comptoir!
-J'espère que c'est tout!
-Ok... Vous payez comment?
-Visa.
-Ok... Ben... donne-moi là!
-Non!
-Ok! Merci! Alors, pitonne, pitonne, pitonne.
-Hi que ça' l'air le fun ta job, soupire Jawo.
-Bon, j'm'ai trompée, rage la caissière. C't'à cause de vous, encore!
-Heille, ta boîte pis r'commence!
-Youppi! J'm'ai pas trompée cette fois là! Alors ça fait 6,99$ plus taxes, monsieur le frisé.
-Innocente! Comment ça fait avec les taxes?
-Heu... disons 15,73$? Ça s'peut-tu?

Grand-Moman explose:
-NON ça se peut pas, conne!

Donc la caissière se fait transférer dans le rayon des Kotex!

Une journée de plus dans la vie de Jawo et Grand-Moman

Depuis les derniers jours, Jean-Paul le valeureux serin a survolé tous les continents possibles et impossibles, s'est pogné une couple de fois sur des tops de montagne et s'est fait heurter quelques fois par des jets. Retrouvons-le maintenant en Inde, en train de survoler une vache. "Pit pit vache folle!" Mais les vaches sont sacrées en Inde et n'acceptent aucun commentaire. Donc la vache se donne un bon swing et pogne Jean-Paul au vol. Elle se met ensuite à ruminer comme une bovine.

Pendant ce temps, Jawo revient de son périple autour du monde.
-Toc toc bonjour!
-Qui c'est ça, beugle Grand-Moman.
-C'est ton fils Jawo.
-J'ai-tu un fils qui s'appelle Jawo?
-Oui pis c'est moué!
-D'où c'est que t'arrives comme ça?
-De voyage, c't'affaire!
-Ah...
-C'tait l'fun en viarge!
-Wow, chanceux!
-Mais j'ai pas retrouvé Jean-Paul.
-Hi maudit!
-Qu'est-ce que t'as fait pendant mon absence?
-J'ai manqué d'électricité.
-Ah oui? Y a tu fait noir?
-J'espère ben!
-Ça fa que t'as manqué d'électricité pendant deux semaines?
-Ben oui! À vient juste de revenir, là.
-T'es-tu ennuyée de moi au moins?
-Désolée, j'ai pas eu le temps. Bon, claire donc la place, là, avec tes bagages!
-Ok moman...

Au oin de la rue, le facteur se prépare mentalement. Il a une lourde tâche aujourd'hui: un télégramme chanté provenant directement de l'ambassade du Canada en Inde. "Ciboire, à va ben me tuer", angoisse-t-il en songeant aux excès d'humeur de Grand-Moman. Il distribue ses lettres un peu n'importe comment, à gauche et à droite, dans les gouttières, sous les tapis, dans les niches à chien... Et il finit par arriver à la redoutée maison.
-Dig-toc, sonne-t-il... Ding-toc... Ding-toc!
-Ben oui, entrez, fatiquant, jappe Grand-Moman.
-Bonjour madame. Ici un télégramme chanté venant de l'ambassade du Canada en Inde. C'est pour vous dire que votre serin Jean-Paul s'est fait manger par une de leur cruelles vaches. Vous pouvez poursuivre le continent indien si vous voulez. Merci. Joyeux rétablissement!
-Pauvre vache! Fallait-tu avoir faim pour manger un innocent de même! M'a les poursuivre certain! Pour maltraitation de vache! Envoye en Inde, toé, va me traîner ça en cour c'te gang de sauvages-là!
-Hé, calvaire! Je l'savais ben que ça finirait comme ça c't'histoire-là!

Et le facteur se voit dans l'obligation de se payer un billet d'avion à 7551$ pour l'Inde, en plus des frais d'avocat!

21 avril 2006

La mascotte

Un film de Simon Cantin
Pour les intéressés, pour ceux à qui je n'arrête pas d'en parler depuis le mois de janvier, je transcris ici mon adaptation cinématographique de la nouvelle La mascotte d'Anne-Marie Olivier. Cet exercice m'a beaucoup appris, que ce soit sur la façon de bâtir une histoire ou sur les forces d'action à donner à des personnages pour donner lieu à des situations. Voici donc les onze scènes principales de mon film!

La mascotte

1. EXTÉRIEUR JOUR, DANS LES RUES DU QUARTIER LIMOILOU
Matin d’hiver 1986, vue du centre-ville de Québec à partir du parc Cartier-Brébeuf. En arrière-fond joue le classique 99 Red Balloons du groupe allemand Nena. Un filtre assombrit l’image et lui donne un effet « vidéo maison » tournée sur les vieilles caméras portatives des années 1980. La caméra sort du parc et se dirige dans les rues du quartier Limoilou. La ballade se déroule en accéléré, déjoue la circulation du matin et aboutit devant une modeste maison à deux étages située au pied des usines de la Basse-Ville. Le revêtement est d’aluminium blanc crasseux et un escalier colimaçon noir un peu branlant mène sur un minuscule balcon. Toujours en accéléré, on monte l’escalier, entre dans l’appartement, traverse un corridor sombre et entre dans la chambre de Linda, que l’on trouve assise sur son lit, le visage consterné. Une lueur rosée filtre à travers les rideaux de la chambre. La chanson se termine. Gros plan sur le visage matinal de Linda, qui ne s’est pas encore maquillée ni coiffée. Au bout d’un moment, elle laisse échapper, d’un air effacé, « Ta-bar-nack ! », la main encore posée sur le téléphone qu’elle vient de raccrocher.

2. INTÉRIEUR JOUR, APPARTEMENT DE LINDA
On assiste au rituel du matin de Linda, dont la cigarette et le café instantané font partie intégrante. À la radio jouent les hits de l’hiver 1986. On entend aussi les actualités et de la publicité de l’époque. Pendant une conversation téléphonique, Linda apprend à sa mère que la directrice du salon de coiffure où elle était à l’essai l’a tirée du lit pour lui annoncer qu’elle était à la porte « parce que ça fait un mois qu’elle rate les têtes des clientes ». On la voit ensuite devant son miroir de salle de bain, à sa sortie de la douche. « On va voir si je sais coiffer ou pas ! » Et elle se met à crêper frénétiquement sa chevelure blonde, à laquelle elle ajoute une quantité monstre de mousse et de spray-net. Son reflet dans le miroir se transpose alors dans le miroir du salon de coiffure. On la voit à l’œuvre, armée de peignes, de brosses et de séchoirs, massacrer la chevelure de quelques clientes qui l’engueulent comme du poisson pourri. Le reflet se reporte dans le miroir de sa salle de bain. Sa coiffure est achevée. Elle a le brushing haut et raide. L’air à peu près satisfait, elle se dit « C’est pas beau, ça! »

3. INTÉRIEUR JOUR, APPARTEMENT DE DENISE ET ÉRIC
Scène matinale qui se déroule la même journée, chez Denise et Éric. Denise est assise devant son Journal de Québec, ouvert sur sa table de cuisine, sous l’éclairage jaunâtre d’un lustre noir. D’épais rideaux de laine beige encore tirés bloquent la lumière du jour. On entend du heavy metal qui joue à tue-tête dans une chambre. Denise semble exaspérée. « Éric… Éric… ÉRIC! ». Pas de réponse. Elle va frapper à la porte de la chambre de son fils, ornée d’une grosse lettre A stylisée, peinte en rouge, symbole de l’anarchie. Toujours pas de réponse. Elle soupire et frappe plus fort.
-Que c’est qu'y a!, jappe l’adolescent, de l’autre côté de la porte.
-Éric, y’est dix heures du matin, veux-tu baisser le son, pour l’amour!
Aucune réponse. Le volume reste inchangé. Denise résignée tourne les talons.

4. EXTÉRIEUR JOUR, PROMENADE LONGEANT LA RIVIÈRE ST-CHARLES
Linda arpente seule la promenade bétonnée de la rivière Saint-Charles. La scène est d’abord filmée de haut, en plongée, ce qui donne l’impression que Linda est seule au monde. Ce plan met aussi en valeur les quartiers populaires environnants. La caméra se rapproche de Linda et le reste de la scène se déroule en plan rapproché. Linda aperçoit cinq jeunes qui se disputent une rondelle sur la surface gelée de la rivière. Elle s’arrête, s’appuie sur un muret de béton et les observe. Lui vient alors un souvenir d’enfance. Un flash back, qui nous est présenté via un reflet dans la glace, nous transporte dans une ruelle de Limoilou au début des années 1960, où une joyeuse bande d’adolescents joue gaiement au hockey bottine. Linda, que l’on reconnaît à sa rondeur et à sa chevelure blonde frisée, marque le but final, « spectaculaire », qui fait remporter la partie à son équipe. Linda est adulée, on l’entoure, la célèbre. L’idée de ce « tournoi » était la sienne et on avait eu tellement de plaisir qu’on avait répété l’événement une dizaine de fois au cours des années suivantes. Retour au présent. Sur la glace, les garçons ont beaucoup de plaisir, un but est marqué. Des cris de joie s’élèvent de la patinoire.

5. INTÉRIEUR JOUR, CHAMBRE D’HÔTEL
Denise est en train de nettoyer une chambre à l’hôtel où elle travaille depuis dix ans. Décor faux-chic, plus cheap que coquet. Ce jour-là, Denise « forme » une nouvelle femme de chambre et, comme chaque fois qu’elle rencontre quelqu’un de nouveau, elle lui raconte sa vie. Elle décrit aujourd’hui la solitude qu’elle endure depuis la mort de son mari, survenue il y a deux ans. La nouvelle employée avoue quant à elle sa nullité sur les bancs d’école, ses premières amours décevantes, et sa tentative ratée comme serveuse sexy au restaurant Québec Broue. « Finalement, j’aime mieux torcher des chambres d’hôtel que de me montrer les boules dans un restaurant ou de niaiser à l’école. Anyway, on m’a toujours dit que j’étais trop cruche pour m’instruire… »

La discussion se poursuit alors sur le sujet de l’école. Denise entame un long monologue où elle se vide le cœur en ce qui a trait à son fils. Elle raconte leur éloignement depuis la mort de son mari, les nombreux échecs scolaires d’Éric, ses doutes quant à sa consommation de drogue. Pendant ce monologue, s’alternent des gros plans du visage de Denise, en particulier de ses yeux tristes aux coins ridés, et des images d’une scène qui se déroule simultanément où son fils se fait arrêter par la police en pleine rue, devant la polyvalente.

Leur conversation est interrompue par la sonnerie agressante du téléphone. Denise décroche et apprend qu’on vient de mettre son fils à la porte de la commission scolaire pour vente de marijuana à des mineurs et qu’on l’envoie en travaux communautaires. Gros plan sur son visage. On lit le découragement total dans ses yeux.

6. INTÉRIEUR JOUR, BANQUETTE ARRIÈRE D’UNE VOITURE DE TAXI
En silence sur la banquette arrière d’un taxi, Denise et Éric reviennent à la maison. On doit sentir leur incapacité à communiquer. Leurs visages sont crispés, Éric regarde dehors. Denise, visiblement bouleversée, se mordille les lèvres, incapable de parler. Ses mouvements de tête désapprobateurs en disent très long sur ce qu’elle se dit intérieurement. Le chauffeur de taxi les observe dans son miroir. L’atmosphère dans l’habitacle de la voiture est à couper au couteau.
-Je vous conduis où?, se risque enfin le chauffeur.
-J’aimerais pouvoir vous répondre « le plus loin possible », mais malheureusement, ce sera juste au 351 St-Vallier Est, répond tristement Denise.

7. INTÉRIEUR JOUR, MAGASIN À RAYONS
Linda sillonne les longues allées déprimantes d’un magasin à rayons avec sa grand-mère. Sur un fond de musique de centre d’achat affreusement plate, sous l’éclairage blafard des néons, la scène doit faire ressentir la froideur de ces magasins à grande surface. L’aspect physique des clients qui parcourent les allées doit en montrer le côté « populace ». À tout bout de champ, on entend les appels que crachent les haut-parleurs : « On demande un commis dans le rayon des jouets. Un commis dans le rayon des jouets! » « Sandra Côté, première ligne! Sandra Côté, première ligne, merci! »

Linda et sa grand-mère, une septuagénaire grassouillette et toujours souriante, sont arrêtées devant le rayon du phantex et l’aînée semble bien excitée devant tant de couleurs.
-J’ai reçu toute une commande de mitaines à tricoter pour le centre d’accueil! dit-elle avec entrain.
-J’pense à ça, grand-moman, s’exclame Linda, enthousiaste, serais-tu capable de me coudre une mascotte pour dans deux semaines?

Sourire complice, expression de connivence entre les deux femmes. S’entame la chanson The Final Countdown du groupe Europe.

Le temps passe alors en accéléré. On assiste en rafale à différentes étapes des préparatifs : arrosage de la patinoire, montage d’estrades et du stand à patates frites, constitution d’équipes, rires, scènes de découragement, rires à nouveau. Ce défilement d’images est entrecoupé de gros plans sur les vieilles mains ridées de grand-maman qui dirige habilement le costume sur sa machine à coudre ainsi que sur son pied expert qui active la pédale. À la fin de la chanson, on se retrouve dans l’atelier de la grand-mère, qui retire son pied de la pédale et admire d’un air satisfait le costume qu’elle vient d’achever. Il s’agit d’une grosse mascotte en shag bleu-gris, créature à mi-chemin entre la marmotte et le bulldog. Linda embrasse sa grand-mère, les joues roses de bonheur.

8. EXTÉRIEUR JOUR, SITE DU TOURNOI
Premier matin du tournoi. Il fait un soleil radieux. Une mince foule s’est réunie autour de la rivière St-Charles. Vue d’ensemble du site et de la foule qui arrive, on aperçoit la Haute-Ville au loin.
-On demande Gris-Gris à la cabane à patins. Gris-Gris!
C’est la voix de Linda qu’on entend dans les haut-parleurs.

La caméra cherche dans la foule, on entend différentes bribes de conversation. Lorsqu’elle localise la mascotte, la caméra focalise dessus. Gris-Gris marmonne : « Voyons, calvaire, que c’est qu’a me veut encore! » Il se rend à la cabane en ignorant, voire en bousculant, tous les enfants souriants qui l’arrêtent sur son passage, et va trouver Linda qui lui donne les instructions pour l’intermission entre la première et la deuxième période. C’est ainsi que, quelques minutes plus tard, Gris-Gris s’élance, en rageant et en sacrant, sur la patinoire où il effectue maladroitement une chorégraphie sur Sweet Dreams, de Eurythmics. La foule tape des mains, l’atmosphère est à la fête. Ti-Polo et Roland sont dans le jus dans le stand à patates frites. Linda jubile. Enfin une réussite!

9. INTÉRIEUR JOUR, CABANE À PATINS/APPARTEMENT DE DENISE
Dimanche midi, dernière journée du tournoi. Sous l’œil impuissant de Ti-Polo, Linda fait les cent pas : Éric est introuvable. Paniquée, Linda téléphone chez lui et tombe sur Denise.
-Non, Éric est pas là, fait la voix de Denise.
-Vous savez pas où c’qu’y est?
-Haha! Mon dieu! J’ai beau être sa mère, j’pense que chus la moins bien placée pour savoir où c’qu’y traîne.
-Maudite marde! On’ besoin d’notre mascotte nous autres!
-J’ai vu un costume en minou bleu pâle qui traînait en boule dans son bordel. C’tu de ça que vous parlez?
-Hi, verrat! Ben oui, c’est ça! Maudit qu’on est mal pris là. C’est lui qui a les médailles aussi…
-Ça’ lieu où c’te tournoi-là? demande Denise, sentant le découragement de Linda.
-Su’a rivière St-Charles, en face du parc Cartier-Brébeuf.
-Bon ben attendez-moé…

Et Denise raccroche. Sans réfléchir, elle va ramasser le costume qui traîne, l’enfile, va « s’admirer » dans le miroir, rit jaune et sort de chez elle.

10. Scène mettant en parallèle trois actions (A-B-C) :

A) EXTÉRIEUR JOUR, RUE ST-JOSEPH
Flottant sur un nuage, Éric sort du mail Saint-Roch, où il a sniffé des lignes de coke avec son dealer pendant qu’on le cherchait sur le site du tournoi et que sa mère, costume de mascotte sur le dos, se rend à la patinoire de la rivière St-Charles de par les rues de la Basse-Ville. L’image est floue, les couleurs se fondent les unes dans les autres, les voitures et les passants circulent en accéléré pour illustrer le buzz d’Éric. La chanson Personal Jesus de Depeche Mode accompagne toute cette séquence.

B) EXTÉRIEUR JOUR, RUE DE L’ÉGLISE
En accéléré, la caméra va retrouver Denise. Cela doit faire comprendre que ces deux actions sont simultanées, qu’Éric et sa mère ne se trouvent qu’à quelques coins de rue l’un de l’autre, qu’ils pourraient même finir par se rencontrer à une intersection. La caméra suit Denise habillée en mascotte qui avance avec peine dans la rue de l’Église.

C) EXTÉRIEUR JOUR, SITE DU TOURNOI
Image de la joute. Un but est compté. Visage anxieux de Linda.

A) EXTÉRIEUR JOUR, RUE ST-JOSEPH
Éric continue d’avancer sur la rue St-Joseph, l’air complètement absent.

B) EXTÉRIEUR JOUR, RUE DE L’ÉGLISE
Denise continue d’avancer péniblement sous l’encombrant costume de la mascotte.

C) EXTÉRIEUR JOUR, SITE DU TOURNOI
Image de la joute. Autre but compté. La foule fait la vague.

B) EXTÉRIEUR JOUR, RUE DE L’ÉGLISE
Retour à Denise qui, au bout de quelques pas, s’immobilise net. La musique s’arrête. Un son sourd représentant la douleur donne à la scène un effet dramatique. Gros plan sur le visage immuable de la mascotte. Ensuite, plan de derrière, où l’on constate qu’un punk vient d’enfoncer un couteau dans le dos de Denise, qu’il a prise pour Éric. La mascotte s’effondre sur le dos, une flaque rougeâtre s’étend tout autour. Un attroupement se crée.

A) EXTÉRIEUR JOUR, RUE ST-JOSEPH
La caméra revient à Éric qui s’effondre à son tour sur le trottoir. Gros plan dans l’œil vitreux, immobile d’Éric. Pupille dilatée. La caméra se met alors à tournoyer en s’élevant au dessus du corps inerte d’Éric, au dessus de la rue où un attroupement se crée, et continue de s’élever au-dessus du quartier, du centre-ville. Éric vient de faire une overdose.

C) EXTÉRIEUR JOUR
Retour sur le site du tournoi. La joute est terminée. Linda s’excuse auprès des gagnants, à qui elle n’a rien d’autre à remettre que des chocolats chauds gratuits en guise de prix. La foule se disperse tranquillement. La journée tire à sa fin, un soleil étonnamment rouge pour cette période de l’année se couche à l’ouest.

11. INTÉRIEUR SOIR, SALON DE LINDA (Scène finale)
Linda est assise dans son salon, devant les nouvelles du soir. Bière à la main, bol de pop-corn à proximité. Elle porte une jaquette blanchue usée et des pantoufles en phantez roses. Toutes les lumières sont fermées. Il n'y a que le seul reflet de la télévision. Elle apprend alors le drame qui s'est déroulé dans les rues de St-Roch pendant l'après-midi. Sa bière lui tombe des mains. Gros plan sur le goulot de la bouteille qui se vide sur le tapis. Linda se lève et disparaît. On entend le son de ses pas. Fade out.

Chasseur d'idées - texte sur le bonheur

Feuilles de papier et crayons dans mon sac, café et chocolatine en main, je sors de chez moi et pars en quête d’une idée. Sur le pas de la porte, j’offre mon visage blanc d’hiver au soleil du printemps qui l’inonde de ses rayons bienfaiteurs. Je ferme les yeux, inspire à pleins poumons et ouvre mon âme à ce qu’il y de simple, de beau.

C’est un matin d’avril et j’assiste, curieux, au spectacle de la ville qui se réveille. Dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, de délicieuses odeurs de pain chaud et de café rôti émanent des boulangeries et des brûleries. Je croise quelques résidents endormis, qui prennent un bain de soleil sur leur perron, les cheveux ébouriffés. Coin St-Jean et Ste-Geneviève, un clochard, la main tendue, me souhaite une bonne journée en se donnant des airs de troubadour. Je lui rends ses courbettes et lui fais signe, désolé, que je n’ai pas un rond en poche. Il me pardonne et me lance : « Pensez à moi aujourd’hui! Moi je penserai à vous! » J’en suis touché. La prochaine fois que je le croise, je l’invite à prendre un café car je devine que cet homme désire avant tout échanger, raconter sa vie. Je le sens poète, philosophe, un peu fou, peut-être, mais la folie m’attire.

Je poursuis mon chemin, à l’affût des petits gestes du quotidien. Des commerçants balaient leur bout de trottoir ou font reluire leur vitrine. Des restaurateurs mettent en place leur terrasse pour le coup d’envoi de la saison. Des employés de la ville nettoient les rues, les débarrassent de leur crasse et de leur trop plein de sable. Chacun joue son rôle sans trop se poser de question, sans se rendre compte qu’il participe à un ensemble coordonné, à un univers structuré que j’observe d’un œil extérieur. Arrivé à l’intersection de l’avenue Honoré-Merci, je m’arrête pour examiner les foules qui se déversent des autobus en provenance des banlieues. Comme des fourmis, les gens partent dans des directions qui semblent aléatoires, mais qui n’en sont pas moins rigoureusement dictées par leur agenda respectif. Ce va-et-vient bien articulé me fascine, moi qui vis à contre-courant, dans mon univers peuplé de musique et de mots, moi qui suis maître de mon temps!

Je franchis la porte Saint-Jean et me transforme une fois de plus en un touriste dans ma propre ville. Mais je décide de fuir le circuit touristique et emprunte un parcours où ne s’aventurent guère les moutons, qui ne pensent qu’à acheter des babioles sans importance à offrir à leur retour comme de véritables trésors venus de loin. Chemin faisant vers la rue des Remparts, le cri des oies blanches attire mon regard vers le ciel. Je scrute cette immensité bleue et repère un grand V ailé qui va d’ouest en est. En spectateur ébahi, je m’appuie contre un muret de pierre et admire l’organisation, l’articulation incroyable du vol de ces grands oiseaux. Quelle vaste destinée!

J’aboutis sur la Terrasse Dufferin, où une famille d’Américains s’émerveille devant l’architecture monumentale du Château Frontenac. Caméra en main, avec le plus grand sérieux, le père tente de rassembler sa marmaille pour immortaliser ce moment précieux. Un peu en retrait, complètement absorbé, le plus petit des trois garçons n’en a que pour une feuille de chêne de l’automne dernier qu’il s’amuse à faire virevolter. Pommettes saillantes, une étincelle dans les yeux, il s’approche de la balustrade et lance sa feuille qu’un coup de vent emporte loin au dessus du Cap Diamants et qui finit par disparaître dans un rayon de soleil. « Cet enfant me ressemble, me dis-je en continuant mon chemin. C’est un petit être passionné pour qui le monde entier peut cesser d’exister le temps d’une merveille qui passe. »

Le cœur léger, j’avance jusqu’au bout de la terrasse, où j’emprunte un petit sentier en pente qui conduit à la Citadelle. Quelques idées se profilent alors dans ma tête. « Des jambes pour marcher. Un dos pour me soutenir. Des yeux pour contempler. De l’air frais à respirer. Quoi demander de mieux? Une jolie ville où il fait bon déambuler, des paysages variés, une architecture historique à admirer. » Si je tourne le regard à l’ouest, le centre-ville offre à ma vue ses quatre ou cinq buildings. Plus au nord, ce sont les clochers de la vieille ville, ses toits pointus et colorés qui découpent le ciel. Plus au sud, la plaine s’étend tout en relief, ne demandant qu’à verdir à la faveur du printemps.

Je décide de prendre le chemin du kiosque Édwin-Bélanger, synonyme d’été avec ses notes de musique, sa fontaine rafraîchissante pendant les canicules, ses parterres qui deviennent luxuriants en juillet. Je m’assieds sur un banc au milieu des plates-bandes qui prennent vie sous mes yeux ahuris. Du sol terreux qui était encore gelé hier surgit aujourd’hui la couleur : quelques pousses vert tendre, boutons de tulipes, bouquets de crocus. Phénomène magique, immémorial, qui se reproduit par miracle tous les ans.

Je tourne le regard vers le fleuve qui me souffle une brise au visage. Le temps s’arrête, le moment est béni. J’ouvre mon cahier, décapuchonne un stylo. Je viens de trouver mon idée.

07 avril 2006

Au-delà d'un songe...

Je viens de vivre quelque chose de susprenant en rêve! Je raconte.

Je suis dans mon appartement, trois jeunes gars, maximum 18 ans, l'air mauvais, entrent chez moi en défonçant la porte. Ils me bousculent, renversent mes meubles, me volent, m'adressent des menaces et repartent. Je suis en état de choc. Première idée à laquelle je pense : aller m'acheter un chien. Un molosse. Un rottweiler. Watch out mes petits crisses!

Scène suivante, je me trouve dans une salle bondée, légèrement enfumée, une epèce de réunion de famille. Il y a bien des chaises disposées çà et là, certaines occupées, d'autres non, beaucoup de monde debout qui discute. Il n'y a pas de musique, que des bribes de conversation. Je suis là, quelque part, ne faisant pas grand chose, discutant sans doute avec un oncle ou une tante que je ne vois pas souvent. Soudain, j'entends clairement une voix qui dit mon nom "Simon!" prononcé un peu comme quand on rencontre quelqu'un qu'on ne s'attendait pas du tout à voir, mais qu'on est visiblement heureux de croiser. Je reconnais, stupéfait, la voix de ma grand-mère Françoise, décédée il y a cinq ans. Je sursaute et balaie la salle du regard. Ma grand-mère, bien sûr, n'est pas là. Penaud, je baisse les yeux à terre et croise ceux, brillants, excités, de mon nouveau bébé rottweiler, qui semble me sourire, l'air de demander : "On joue?"

Troisième et dernière scène, mais non la moindre. Je me trouve dans ma rue, troquée l'instant d'un rêve pour la rue où vivait ma grand-mère (!), par un beau soir d'avril pour une promenade avec mon chien. Il est maintenant adulte. C'est une belle grosse bête robuste au pelage noir corbeau avec de belles taches couleur de feu. Nous marchons tranquillement. Je croise un autre promeneur qui marche également avec son chien. Nous échangeons quelques platitudes d'usage. Mon rottweiler profite de l'arrêt pour se pencher et se soulager. Du coin de l'oeil, je le regarde. Il grimace, il a l'air de forcer comme s'il s'apprêtait à expulser la lune! J'ai envie de me tordre de rire de le voir se tortiller ainsi! Il semble se dire "Ayoye, tabarnack!" Mon interlocuteur paraît tout à fait scandalisé, et, dégoûté, il me plante là. Bye bye le voisin! Quand je me penche pour ramasser le trésor de mon chien, je découvre... un melon d'eau de la grosseur d'un cantaloup!!!!

J'explose d'un rire incontrôlable! Je me déploie littéralement la gorge. J'ai d'ailleurs l'impression, à force de rire, qu'elle va fendre en deux! Mon rire est puissant, sonore, il monte dans l'air, on n'entend plus autre chose. Les passants sont interloqués, mon rire se propage d'un visage à l'autre, d'un gosier à l'autre, et bientôt, tout le voisinage rit aux éclats! Et ça dure des heures! Le temps s'arrête. Nous rions, tout simplement. Que ça fait du bien!

Inutile de présicer que j'ai le gros smile à mon réveil. Il y a de cela des mois que je n'avais pas rêvé, ou du moins, que je n'avais pas eu souvenir aussi précis d'un rêve. Je me mets alors à faire le décompte des symboliques rattachées à ma grand-mère. D'abord, sa voix que j'ai entendu clairement lors d'une réunion de famille, avec une tonalité réaliste à s'y méprendre. Ensuite le fait que j'habitais dans sa rue, sans doute même dans sa maison. Il y a ausi la race de chien que j'ai choisi. Ma grand-mère a déjà eu un rottweiler! Et enfin, le rire! Ma grand-mère riait tout le temps et son rire était bien contagieux!

Je suis heureux d'avoir eu ta visite grand-moman! Tu as réanimé ma capacité à rêver et tu m'as fait rire aux éclats -- Merci! Je t'aime!

27 mars 2006

Irish Cream

Nouvelle érotique - deuxième jet

Je venais de débarquer dans les rues de Dublin, mon énorme sac de voyage accroché aux épaules. Pressé de partir à la découverte de la ville et de ses jolis garçons, je devais tout d’abord trouver un gîte où je pourrais déposer mes affaires et m’astiquer sous la douche. Je passai devant un petit hôtel, tout de brique rouge et orné d’auvents noirs, situé à quelques pas de la gare. Devant l’entrée, un homme grisonnant, de toute évidence l’aubergiste, balayait le trottoir. Il m’interpella lorsqu’il m’aperçut de l’autre côté de la rue. J’hésitai un moment car l’établissement semblait plutôt chic pour mes maigres moyens, puis j’allai à sa rencontre : il m’accueillit avec un sourire radieux comme on ne m’en avait jamais adressés.

-Good morning, visitor! Where are you from? me demanda-t-il avec son bel accent.
-Hi! I’m from Quebec, Canada, I arrived an hour ago, répondis-je, déjà charmé.
-First time in Ireland? Have you got a place to stay?
-No, not yet.
-Then come in! I might have something for you!

Très chaleureux, ce premier Irlandais avec qui j’entrais en contact faisait honneur à la réputation des habitants de l’Île d’Émeraude. Je le suivis donc à l’intérieur. Il m’invita à m’asseoir dans un petit salon ensoleillé adjacent à la réception et, prenant place à mes côtés, il posa sur moi des yeux d’un vert celtique dont les coins étaient plissés de ridules qui témoignaient d’une joie de vivre perpétuelle. Son sourire, d’ailleurs, ne démordait pas. Je me sentis rougir, incapable de soutenir son regard ensorceleur, et mes doigts se mirent à tapoter nerveusement sur mes cuisses. Allait-il finit par dire quelque chose!

-If you have nowhere to stay, why don’t you come to my place? dit-il enfin.
-You mean here, in this hotel? demandai-je, naïf.
-Actually, I mean at my home, rectifia-t-il, moqueur.
Ce n’était donc pas une vente qu’il souhait mousser ce matin-là. Je le remerciai de sa proposition, mais la refusai poliment, quoi qu’elle fût très tentante. Loin de s’en montrer contrarié, il m’offrit alors d’aller me rafraîchir. Après les vingt-quatre heures de route que je venais de me taper, cette offre tombait à point! Sans dire un mot, il me conduisit à la salle de bains située au sous-sol de la jolie demeure.

-Thank you so much! lui dis-en en refermant derrière moi la porte de la toilette. This is very nice of you!

Il ne répondit rien et s’approcha de moi, toujours son petit sourire narquois au visage. Cet homme respirait le sexe, je m’en rendais maintenant compte. Je me détournai, offrant à sa vue mon petit cul bien ferme, me plaquai contre un urinoir et baissai la fermeture éclair de mon pantalon. Il fit de même, à un urinoir de distance, et, tout en me fixant dans les yeux, il sortit sa queue et commença se caresser. Je me détendis, esquissai un sourire et fit de même. Contraint à l’abstinence depuis des jours, mon sexe se durcit rapidement.

-Let me touch you, osa-t-il.

De sa main droite, il continua de se masturber tandis que je demeurais immobile. Il étendit le bras gauche et saisit doucement mes couilles chaudes. Je baissai le regard et observai ses mains manipuler avec adresse nos deux sexes frémissants. Il s’agenouilla devant moi, me lança un clin d’œil conquérant et avala d’un trait ma queue au complet. Bienvenue en Irlande! me dis-je en laissant déjà échapper un soupir sans équivoque.

-You like that? demanda-t-il la bouche pleine.
-Oh yeah! Keep on!

Il continua quelques instants, puis, entendant des pas descendre l’escalier, il me poussa dans une cabine et s’enferma dans celle d’à côté. Je ne compris pas tout de suite.

-There’s a hole in the centre of the panel, chuchota-t-il, voyant que je n’étais pas familier avec le principe du glory hole. Je compris ce qu’il me restait à faire. J’y glissai mon sexe encore dur, qu’il s’empressa d’engloutir. Un autre homme fit alors irruption dans la salle de bains. Je dus retenir mon souffle haletant pendant que mon bel aubergiste me dévorait le gland avec un talent rare, que sa langue parcourait habilement chaque courbe de mon sexe et que sa barbe de quelques jours frottait la peau sensible de ma verge émoustillée. L’intrus ne manqua pas de percevoir notre présence et, au lieu de se sauver, resta là à nous épier, debout devant son urinoir. Par la fente de la porte de la cabine où j’étais enfermé, je vis qu’il tenait dans sa main droite son énorme manche gorgé de sang. D’autant plus allumés maintenant qu’on nous observait, nous échangeâmes les rôles. Cette drôle de sensation d’anonymat que j’éprouvais face à ce pénis en érection qui sortait d’un mur me rendait fou d’excitation. Du bout de la langue, j’attrapai la goutte douceâtre qui perlait de son gland et avalai à mon tour sa queue gonflée à bloc. Je mordillai, léchai, suçai pendant de longues minutes, faisant glisser mes lèvres humides de haut en bas et de bas en haut, laissant aussi mon partenaire s’abandonner à un mouvement de va-et-vient dans ma bouche gourmande. Au bout d’un moment, l’élan de son bassin se fit plus violent, sa respiration s’accéléra, devint effrénée, et je sentis une giclée de crème irlandaise asperger le fond de ma gorge. Dans une synchronie surprenante, notre voyeur explosa dans son urinoir sans étouffer ses râlements virils et j’éjaculai à mon tour, éclaboussant mes chaussures et mes vêtements.

Deux jours plus tard, j’étais étendu dans le lit de mon aubergiste, brûlant de fièvre et couvert de sueur, et chaque gorgée de salive me donnait l’impression d’avaler autant de pincées de verre cassé.

13 mars 2006

The Irish Lad

Nouvelle érotique

Je venais de débarquer dans les rues de Dublin. La traversée de la Mer d’Irlande s’était bien déroulée. Je m’étais enfilé trois, quatre pintes de Guinness, seul à ma table du pub casino sur le sixième pont du traversier. Au meilleur de mon euphorie houblonnée, un rayon de soleil doré vint se poser sur l’île d’Émeraude, qui sortait du brouillard, droit devant. J’étais si excité à l’idée de fouler pour la première fois le sol de cette terre celtique qui m’attirait depuis tant d’années! J’entendais déjà l’appel des cornemuses, au loin dans les collines, l’écho des bands de musique traditionnelle qui font giguer tous les pubs du pays, le tintement des verres remplis de bière noire qui s’échangent pour souligner la bonne humeur générale. Que j’allais avoir du plaisir!

En sortant du bateau, je montai à bord d’un bus qui nous conduisit de Dún Laoghaire au centre-ville de Dublin. La gare de la capitale irlandaise était exactement comme je me l’étais imaginée. Un vaste bâtiment industriel de l’époque du charbon, tout de brique rouge noircie par le temps, avec un toit pointu d’une hauteur prodigieuse. En cette heure de pointe matinale, on y sentait un bouillonnement de vie comme on ne peut en imaginer dans les gares québécoises. Un va-et-vient incroyable de gens de toutes races, parlant des dizaines de langues. Des véhicules par centaines, des trains, des autobus à deux étages bondés. Partout sur les murs, des avertissements lumineux : Beware of Pickpockets! Toute cette intensité, combinée à mon feeling d’alcool, me procurait un grand sentiment de fébrilité er d’audace. J’étais venu ici pour rencontrer des gens nouveaux, découvrir une culture, et, je ne le cache pas, élargir ma liste de baises internationales.

Après m’être tapé un copieux petit déjeuner Special Station, à la cafétéria de la gare, je m’aventurai dans les rues de la ville, mon énorme sac de voyage accroché au dos. J’adorais cette sensation de me retrouver, totalement perdu, comme dans un décor de film. Les voitures circulant à gauche, l’étroite rivière Liffey, enjambée par des dizaines de ponts différents, traversant la vieille ville, les rues en vieux pavé authentique et les sombres ruelles humides, plongées dans le brouillard typique des îles britanniques. Je passai devant un petit hôtel, lui aussi de brique rouge, orné d’auvents verts. Un homme, de toute évidence l’aubergiste, balayait le trottoir à l’entrée de l’établissement. Début trentaine, blondinet, l’air mignon. Il m’interpella, un sourire charmeur aux lèvres. J’étais une proie facile. Il était évident que j’étais un touriste errant. J’hésitai une fraction de seconde, puis allai à sa rencontre. Après tout, une chambre pas chère ne serait pas de refus!

-Hi! How are you? Where are you from?
-Hi! Quebec, Canada, répondis-je. I arrived an hour ago.

Très sympathique, il m’offrit d’aller me rafraîchir. Il m’entraîna à la salle de bains, située au sous-sol de la jolie demeure. Très sympathique, d’accord, mais je le voyais venir. Ce n’était peut-être pas une vente, au fond, qu’il souhaitait mousser. Nous descendîmes l’escalier en silence. Il entra avec moi dans les toilettes.

-Thank you so much! This is very nice of you! lui dis-je, comme pour lui signifier que je pouvais m’organiser seul pour le reste.

Il ne répondit rien, mais s’approcha de moi, toujours son petit sourire narquois au visage. Soudain nerveux, je me détournai, me plaquai contre un urinoir et baissai mon pantalon. Il fit de même, à un urinoir de distance, et, tout en me fixant dans les yeux, il sortit sa queue et commença à se caresser. Je me détendis, esquissai un sourire et l’imitai. Moi qui n’avais pas baisé depuis des jours, mon sexe se durcit rapidement.
-Let me touch you, osa-t-il.
De sa main droite, il continua de se masturber tandis que je demeurais immobile. Il étendit le bras gauche et saisit doucement mes couilles chaudes. Je baissai le regard et observai ses mains manipuler avec adresse nos deux pénis frémissants. Il s’agenouilla enfin devant moi, me lança un clin d’œil conquérant et avala d’un trait ma queue au complet. Bienvenue en Irlande! me dis-je, déjà en extase.

-You like that? demanda-t-il la bouche pleine.
-Oh yeah! Keep on!

Il continua quelques instants, puis, entendant des pas dans l’escalier, il me poussa dans une cabine et s’enferma dans celle d’à côté. Je ne compris pas tout de suite.

-There’s a hole in the centre of the panel, finit-il par dire, voyant que je n’étais pas familier avec le principe du glory hole.

Je savais ce qu’il me restait à faire. J’y glissai mon sexe encore dur qu’il s’empressa d’engloutir. Cet homme me dévorait le gland avec un talent rare. Sa langue parcourait habilement chaque courbe de mon sexe et sa barbe de quelques jours qui frottait ma peau me stimulait au plus haut point. Nous échangeâmes les rôles pendant quinze minutes. Les fellations ardentes que je lui faisais, à en juger par ses gémissements, le faisaient vraiment jouir. Cette drôle de sensation d’anonymat total face à un pénis excité qui sortait d’un mur me rendait fou d’excitation et faisait disparaître en moi toute trace d’inhibition.

-Fuck me, l’entendis-je soudain me supplier.
-Do you have condoms?
-No…
-Hmmm, neither do I… Sorry…
-Then swallow me!

Et sans réfléchir, je m’agenouillai de nouveau à la hauteur du trou, sa queue apparut, je l’engloutis et le laissai me venir au fond de la gorge.

Deux jours plus tard, j’étais étendu dans son lit, brûlant de fièvre, et chaque gorgée de salive me faisait l’effet d’une pincée de verre cassé.

07 mars 2006

Une autre journée dans la vie de Jawo et Grand-Moman

Mardi matin, Jawo se lève à 5 h 17 avec un beau tour de rein. "Youppi! Un tour de rein! Comment je me suis fait ça, d'après moi? Peut-être ben en dormant? Bravo Jawo!" Grand-moman se lève ensuite. Elle se lève du pied droit et ça paraît pas!
-Jawo, envoye dans l'toaster!
-Moman, j'ai pas d'pain!
-Pit pit famine!
-Oh non! Mon aigle a faim!
-Ton aigle, c'est ça oui... Tu veux dire ton plumeau sale!
Jawo s'enferme alors dans le garde-manger. Il en ressort une bonne heure plus tard avec un sac de graines d'yeux.
-Quin, Jean-Paul, sont-tu bonnes?
-Pit pit épicé.
-Je l'sais qui sont un peu épicées, c'tu d'ma faute, chiâleux!
-J'te l'ai toujours dit, on devrait l'casser en deux c't'oiseau-là!

Après Jean-Paul, c'est le temps de nourrir les poissons. Jawo s'est improvisé un plan d'eau dans la cour, il y a quelques étés, fierté de toute la famille... Ou presque... Certains l'ont rebaptisé "le trou d'eau à Jawo". Jawo sort donc avec sib sac de larves de moustiques. "Allô, trou d'eau! As-tu faim?" Un poisson sort hors de l'eau et jamme dans le pommier, qui fleurit au-dessus. "Au secours! Au secours! Appelez les pompiers!" Malheureusement, le poste de pompiers est fermé le mardi. Jawo prend donc son courage à deux pieds, grimpe dans le pommier et atteint son cher poisson, une grosse carpe rouge aux babines énormes. "Allô, poisson! Comme ça, t'avais faim en viarge!" Il pogne le poisson et le crisse dans le trou d'eau de toutes ses forces, de sorte que le posson pogne un flat. Le poisson est désormais mort de son vivant et les autres le mangent à grosses bouchées. "Merci, mononc' Jawo", crient-ils en choeur.

Grand-Moman, vêtue de son éternelle jaquette blanche jaunie à fleurs roses, sort sur la galerie.
-Astheure, fais donc pareil avec ton bâtard canari!
-Mon bâtard canari va te picosser si tu y parles encore!

Il rentre dans la maison, ramasse son trousseau de clés ainsi que sa belle valise en cuir brun craquelé.
-Non, non! Aujourd'hui, tu vas pas travailler, le retient Grand-Moman, t'as trop d'affaires à faire.
-Comme quoi?
-Arrose les plantes à la hose, sèche-les au séchoir, noye-les, vends-les, vas en acheter des neuves pis recommence jusqu'à ce que tu fasses cent milles piasses de profit!
-Je les vends combien, les plantes noyées?
-Pas trop cher, OU très cher. Astheure, dégueudine!

Jawo part donc pour la ville. Il s'ouvre un kiosque au marché du Vieux-Port.
-Plantes noyées à vendre! Solde de plantes noyées! En voulez-vous en vlà! Elles sont très en vie!
-Sont l'air très cheap! Très crosseur!

Ainsi se passe le reste de la journée de Jawo. Durant ce temps, son boss appelle à la maison.
-Allô? Jawo si vous plaît.
-C'est moé, répond Grand-Moman. Tu m'as pas reconnu han!
-Non.
-Ben c'est moé pareil!
-Hein, pardon?!?
Grand-Moman débranche le téléphone et le sacre au micro-ondes à super high max, donc le téléphone fond beaucoup.

Charlotte arrive en grande épivardée.
-Toc toc ding dong!
-Mon attardée mentale folle!
-Moman, on peut-tu faire des beignes de Noël avec de la crème blanche au milieu pis des bananes?
-Arrrkkk! Pas de bananes, écoeurante!
Jawo arrive en brassière.
-Quin en vlà un gros beigne! On n'aura même pas besoin d'en faire!
-Moman, j'ai fait deux cent milles piasses de profit! C'est tu trop? C'est tu pas assez? J'me pose la question là!
-Heille, caniche! J't'avais dit cent milles piasses! Va en rembourser une couple!
-Cibole, moman! J'sais pas où y restent!
-Ça t'apprendra, crosseur!
Elle lui garoche son soulier par la tête, donc Jawo se sauve vite, vite, vite! Charlotte, si bonnasse, prend son frère en pitié.
-Pauvre Jawo, J'vas aller l'aider.
-Que j'te voye! Laisse-lé s'démarder c't'empoté-là! Pis en passant, call moé donc une maudite grosse pizza! J'ai faim en viarge pis ton frère m'a pas faite d'épicerie depuis trois semaines!
-Méchant ingrat! On l'bannit-tu de la famille?
-Discute pas, pis pitonne une maudite bonne pizza!

Donc Charlotte call une pizzza quinze pouces carrés et le livreur arrive à une seconde près.
-Incompétent! C'est ben long livrer une pizza de nos jours! Veux-tu m'laisser mourir de faim? Sacre ton camp avant que j'te mange!
-Bien parlé, moman!

Grand-Moman mange un petit morceau de pepperoni et s'endort la face carré dans pizza. Quand elle se réveille, au milieu de la soirée, tout est silencieux dans la maison, l'obscurité s'est installée, elle est seule. Et elle a une pointe de pizza étampée dans le front. "Gang d'ingrats! J'ai passé ma vie à élever ça pis ça vient me sacrer là quand j'ai le plus besoin d'eux autres!" Mais Jawo arrive, comme toujours, au bon moment.
-Salut moman. Heille, t'es-tu faite manger par une pizza?
-Jawo, fais-moé pus jamais ça!
-Ok!
Pis pis pitchez-moé d'l'eau!
-Oh non! J'pense que mon faucon a soif!
-Un faucon! J'appellerais même pas ça un goéland châtré, viarge!
-moman, va donc y donner de l'eau avant qu'y se déshydrate sur place.
-J'voudrais ben voir ça se transformer en p'tite motte sec!
Jean-Paul se gonfle de duvet et lâche un grand rugissement de capricorne. "Ta gueule plumeau! Même une abeille c'est plus gros que toé. Gonfle-toé pas pour rien!" Jean-Paul se gonfle encore plus et vire les yeux dans le même trou.
-Heille, check Jawo! Y t'imite!
-Wow! Il l'a ben!
Jean-Paul finit par lâcher un grand cri de folle.
-Jawo, j'pense qu'on devrait le jeter...
-Oui han... J'pense que j'ai jamais vu aussi détraqué dans toute ma vie d'oiseau.
-T'aimais-tu ça être un oiseau, mon beau Jawo?
-Oh oui! J'avais des belles plumes bleues dans face pis des rouges dans l'cul.
-Pauvre Jawo! Moi, dans mon ancienne vie, j'étais balloney. Donne-moé donc tes lignes d'la main que je fasse ton arbre gynécologique.
-Comment ça? On peut faire de la gynécologie avec les lignes de la main?
-Ben certain, mon grand inculte!
-En passant, on dit un arbre gérontologique.
-Ta boîte que j'lise tes lignes!
-C'est-tu des lignes à haute tension?
-Je l'sais tu moé! Arrête de parler, faut que j'me concentre! Y a pas moyen de rien faire avec toé han!
-Ben oui, y a moyen.
-Bon, j'ai trouvé ton ancêtre. C'tait un maudit gros corbeau qui s'était fait fourrer par une libellule!
-Wow! Chanceux!
-Qui ça? Toi, le corbeau ou la libellule?
-La libellule, viarge! Bon, salut, faut que j'aille acheter de quoi.
-Quoi encore?
-Je l'sais pas, j'verrai là-bas. Peut-être ben une gouttière.
-Qu'est-ce que tu vas faire avec ça?
-J'vas relier ma chambre avec la cage de Jean-Paul, comme ça y va pouvoir venir me voir autant comme autant en emporte le vent.
-Ah, va donc chier!
-Moman, Jawo s'en va!
-Ben oui! Chus tu chanceuse han!

Jawo part en claquant la porte. "L'innocent, y sait pas que les magasins sont farmés un mardi soir à dix heures... Bon, m'a toujours ben finir c'te maudite pizza là!" Elle la fout au micro-ondes. "Voyons, comment ça marche c'te marde là! Parsonne me dit rien icitte, moé!
-Pit pit mets-la trois minutes.
-Viens donc m'a mettre toé, calvaire!
Jean-Paul s'envole vers le micro-ondes et le pitonne à merveille à l'aide de son beau bec incassable.
-Merci, plumeau! Astheure, retourne dans ta cage avant que j'te smashe!
-Pit pit ingrate!
-Ah ben toé, tu viendras jamais m'insulter icitte dans!
Et elle se met à pourchasser Jean-Paul avec son aspirateur allumé à aspire full. Affolé, Jean-Paul se sauve par la cheminée, sans oublier de lâcher cinq six beaux cacas! "Écoeurant! tu vas me venir me torcher ça tout suite!"

Pendant ce temps, Jawo arrive su Canac-Marquis-Grenier su Marie-de-l'Incarnation, artère ultra achalandée du merveilleux quartier Vanier. Une affiche dans la porte annonce : "Ouvert sept jours, sept soirs, sauf le mardi". "Hi, bon yeu!" Et Jawo revient à la maison à 392 kilomètres heure dans la voie inverse et la police de l'arrête même pas. Il arrive dans l'entrée à toute allure, freinant un peu trop sec, faisant crisser ses pneus et renversant les poubelles. Grand-Moman sursaute. "Ça y est! Le smotards arrivent à Orsainville!" Jawo entre dans la maison.
-Ah, c'est juste toé!
-Qui tu voulais que ça soye à c't'heure là? T'as-tu des amants nocturnes, coudonc?
-C'est ben pas de tes affaires ça! Pis, t'as-tu acheté ta gouttière, toujours?
-Oui! Est déjà installée même! T'a vois pas?
-Niaise-moé jamais!
-Regarde, moman. J'ai trouvé une vieille photo de toé, t'à l'heure dans mon coffre à gants.
-Que c'est que t'entends par vieille? Traite-moé jamais de vieille! J'ai pas l'air vieille! Chus pas vieille!
-Moman, t'avais quel âge sur c'te photo là? Dix-sept ou dix-huit ans?
-Je l'sais pas trop. J'devais avoir dix-sept ou dix-huit ans... Bon, pis à part de ça, tu t'es jamais rendu compte que tu me réveillais? Laisse-moé donc dormir desfois!
-Oh, pardon... Bon, j'vas aller mettre la couvarte su'a cage de mon pit. Faut ben qui dorme lui aussi! Y passe des grands journées!
-Ouain, c'est ça...

Jawo se dirige vers la cage de Jean-Paul et réalise avec horreur que celui-ci n'y est plus. Il se met à hurler comme un perdu.
-Moman, Jean-Paul s'est sauvé! Jean-Paul s'est sauvé!
-Ah oui, c'est vrai! Le p'tit sacrament, y m'a assez poussée à boute tantôt! J'ai dû y faire peur, y s'est sauvé par la cheminée.
-Hé, ciboire! Bon ben peut-être adieu! Chus prêt à faire le tour du monde pour le retrouver.
-Parfait, astheure, laisse-moé donc dormir!

28 février 2006

Assis sur une bombe à retardement

Il est seize heures, je suis arrivé de mon cours d’activité créatrice il n’y a pas longtemps, Jeff a fait de la popotte cet après-midi, ça sent bon et nous prenons une petite bière apéritive avant de souper. Tout à coup, on frappe à la porte. Nous n’attendons pourtant personne. Ce sont les pompiers! De la caserne, située de l’autre côté de la rue, ils ont aperçu un épais nuage de fumée noire qui s’échappe de la cheminée.
-On doit vite descendre inspecter la fournaise! Appelez le propriétaire de l’immeuble. Qu’il soit là d’ici quinze minutes, sinon on éteint tout le système.
Nous nous empressons de téléphoner sur le cellulaire du concierge.
-Il s’en vient, il n’est pas loin, informons-nous les pompiers.
-Par où on passe pour aller à la fournaise?
-Par derrière. Mais vous allez voir, l’escalier n’est pas tellement déneigé…
Personne n’a effectué d’entretien… Sur le bail, la case spécifiant si cette tâche incombe au locataire ou au propriétaire n’est pas cochée…
Les pompiers remontent.
-Il y a un taux de monoxyde de carbone vraiment élevé au sous-sol. Avez-vous un détecteur?
-Seulement un détecteur de fumée…
-La cheminée est fissurée, il y a des fuites. À votre place, je courrais acheter un détecteur de monoxyde.
Nous prenons la chose au sérieux.
-Une chance qu’on est en face, poursuit-il. Si personne n’avait remarqué, vous seriez probablement tous morts intoxiqués la nuit prochaine!
Parole d’expert.

Le concierge arrive un brin trop tard. Les pompiers ont déjà éteint la fournaise. Jeff est déjà parti à la quincaillerie acheter le fameux détecteur.
-Cibole! cinquante piasses, s’indigne-t-il en revenant.
-Tu peux être sûr qu’on va facturer ça au proprio!
-Ouain, pis cinquante piasses au prix d’une vie…
Le concierge, impuissant comme toujours, sous l’emprise ferme de l’administrateur, le grand monsieur Guay, fait appel à un technicien en chauffage à l’huile. Celui-ci arrive, le visage déjà tout noirci. On voit qu’il a eu une rude journée et que cet appel d’urgence ne fait pas du tout son affaire. Il descendent tous deux à la cave. Le proprio, inutile, quitte les lieux bien vite, laissant le technicien seul avec le monstre!

Nous nous installons donc à table et nous mettons à philosopher sur le fait qu’on fait toujours tellement confiance aux choses… Que tant de fois, on est assis sur de véritables bombes à retardement! En fait, c’est le cas presque toute la journée si l’on pense à toutes les sources de danger présentes autour de nous! Il est vrai que l’homme a tendance à défier les lois de la nature!
-Pense juste au pont de l’Île d’Orléans, illustre Jeff. Il n’est même plus considéré comme totalement fiable!
-Pas fiable certain! On voit presque l’eau au travers quand on passe dessus!
Eh oui, l’homme a aussi tendance à être négligent, inconscient… Nous divaguons ainsi pendant une bonne heure et demi.
-Me semble que ça commence à faire longtemps qu’il est en bas, s’inquiète Jeff.
-C’est vrai hein! Pis on entend pas un son.
-D’un coup il s’est asphyxié!
-Veux-tu descendre voir?
-J’vas finir ma cigarette pis j’vas y aller.
Cool! J’adore que Jeff adore descendre dans cette redoutable cave! Moi le moins je pense au fait que je vis juste au dessus d’un endroit aussi sinistre, le mieux je me porte! Mais mon homme valeureux n’a pas besoin de s’engouffrer dans ce trou, le technicien finit par ressurgir, le visage maintenant noir comme du mazout. Le combat avec le monstre a été musclé! Et le verdict ne se veut pas très rassurant.
-Bon, ça fait que c’est ça. La cheminée est complètement bloquée… C’est quand même une vieille cheminée de briques… Y a peut-être des briques qui sont tombées pis qui bouchent le trou. Là, demain, y a des ramoneurs qui vont venir. Moi j’ai fait tout ce que j’ai pu pour ce soir. Là, la fournaise est repartie. Mais disons que le réservoir d’huile est pas mal vide, que c’est juste du vieux résidu qui brûle. Faut dire qu’y a pas de filtre à huile. Ça aide pas, toute la cochonnerie se ramasse au fond du réservoir pis quand ça brûle, ça boucane noir! En tout cas, d’après moi, vous avez à peu près pour quatre, cinq heures de chauffage.
-Y annonce moins vingt-et-un cette nuit, remarque Jeff.
-Ouan, vous allez être obligé de mettre vos bas de laine pis d’allumer le four, blague-t-il.
Je n’interviens pas, mais n’en pense pas moins.

Entre temps, nos voisins d’à côté, que nous avons alerté en cours de route, se sont pointés et sont tout à fait scandalisés. Elle, une jolie Italienne étudiante en biologie moléculaire, se dit totalement insécure (je la comprends, leur chambre est située directement au dessus de la fournaise) et songe sérieusement aller dormir à l’hôtel.
-Là, chus désolé, répond le technicien, mais chus pas doué en psychologie. Écoutez, j’aurais pas reparti la fournaise si ça présentait un réel danger. Vous êtes en sécurité.
-Mais on va geler toute la nuit, persiste Jeff.
-Moi, je ne suis pas du tout rassurée, continue l’Italienne avec son joli accent européen, nous on n’en a pas de détecteur. Le propriétaire, il va recevoir des factures d’hôtel, je vous le dis!
-Bon, là ça fait treize heures en ligne que je travaille, soupire le technicien graisseux. Je vous le répète, j’ai fait tout ce que j’avais à faire, vous êtes en sécurité, le problème va se régler demain.
-Donc c’est ça, il y a toujours un problème! reprend de plus belle l’Italienne.
Voyant qu’il ne gagnera jamais la bataille, le technicien s’en va tout bonnement.

Finalement, nous passons la nuit dans le confort du chauffage à l’eau chaude. Ils on fait remplir d’urgence le réservoir… Le lendemain, des ramoneurs se présentent comme prévu. Arrive également le concierge, qui a un air de bœuf.
-Vous étiez pas obligés de faire peur à tout le bloc! lance-t-il à Jeff, furieux d’avoir reçu des appels à l’insécurité toute la soirée!
-Vous trouviez pas ça important de prévenir les locataires d’un danger potentiel? Les pompiers nous l’ont dit…
-Ben là, j’allais pas les appeler un par un…
Gros cave!!! Il y a quatre logements!
Enfin, se pointe le grand monsieur Guay, l’administrateur. Le vieux con reste quelques minutes devant l’immeuble, dans sa voiture, une grosse Impala marine qui lui donne l’air du requin qu’il est. Puis il part après s’être entretenu brièvement avec le concierge. Nous l’aurions frappé.

Lorsque les ramoneurs quittent, une fois la situation rétablie, nous en entendons un dire qu’il a rarement rencontré pareille négligence dans l’entretien. Que la cheminée n’avait pas dû être ramonée depuis au moins dix ans. Nous sommes outrés!

Par contre, ils ne négligent jamais de passer le chèque le premier du mois ni d’augmenter le prix des loyers chaque année… Maudits propriétaires!

P.S. Merci messieurs les pompiers! La vie devant une caserne a ses avantages!

22 février 2006

Le calme après la tempête

Maudit que mon dernier blog m'a fait du bien!
De même que la soirée au théâtre! N'oublions pas! "Sauvons les monarques!"
Merci Maman!
Merci Jeff!
Je vous aime XXX

21 février 2006

DéFOuLeMEnT!!!

Écoeuré d'attendre après mes payes...
Écoeuré de traduire des centaines de mots et de ne jamais voir arriver mes chèques...
Écoeuré de manger de la sauce à spag en canne et d'entendre mon ventre gargouiller tout l'après-midi à l'université parce que ça ne nourrit pas assez...
Écoeuré de rouler des cennes noires pour acheter une pinte de lait (1% parce que c'est moins cher)...
Écoeuré de vendre des bouteilles vides pour acheter un pain cheap et sec et une vieille margarine fadasse au dépanneur botché d'à côté...
Écoeuré d'entendre le BIP! quand j'arrive au gym, qui indique à tout le monde que je n'ai pas encore payé mon mois de février...
Écoeuré d'attendre après l'argent du gouvernement pour payer les lunettes... (ça l'air que ça prend plus de trois semaines après réception d'une facture pour virer les sous... vive notre belle fonction publique d'ampotés!)
Écoeuré de lire dans les journaux que nos ministres préfèrent prendre l'avion à coup de millions entre Québec et Montréal et ce, sur notre bras, à vous et à moi...
Écoeuré de la maudite ville de Québec endormie et sans projets...
Écoeuré de la société québécoise en général qui se laisse fourrer de tout bord tout côté...
Écoeuré de l'hiver... (mais quand donc les changements climatiques vont-ils enfin nous emporter dans un grand déluge!!! nous qui avons tout fait pour que la nature se retourne contre nous!!)

Un peu écoeuré de la vie...